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Aujourd’hui fermé au public l’Espace culturel Louis Vuitton au dernier étage du flagship des Champs Elysées offrait un havre de calme et d’évasion au delà du tumulte consumériste du quartier. A mesure que l’on prenait de l’altitude dans cet ascenseur totalement sombre d’Olafur Eliasson notre esprit s’ouvrait à l’inattendu, au hasard, au possible.
Les soirées qui se prolongeaient sur la terrasse ouverte l’été et le sentiment de dominer la ville lumière. Comme dans une photo en contre plongée d’Izis.

Marie-Ange Moulonguet, l’âme du lieu, nous accueillait toujours de façon sincère et chaleureuse. Elle fait partie des rencontres qui ont compté dans mon parcours.
Aussi bien les expositions que les rencontres, performances, soirées, ateliers enfants proposés (mes filles ont adoré !) nourrissaient et prolongeaient nos réflexions.
Le voyage et l’ailleurs (Inde, Orient, Chili, Turquie..), l’écriture, la musique, autant d’univers capturés par des artistes et commissaires habités.

Après hésitation, je choisis l’exposition Turbulences (de juin à septembre 2012)

« Trois ans que le critique d’art Pierre Sterckx travaille sur la notion du chaos (de Leonard de Vinci aux mobiles du XXè siècle) jusqu’à ce que Pierre Rosenberg lui propose de partager le commissariat de l’Espace Culturel Louis Vuitton autour d’une dizaine d’artistes qui explorent avec les moyens d’aujourd’hui (qu’ils soient rudimentaires ou ultra technologiques) les potentialités plastiques et philosophiques de ces mouvements imprévisibles de la matière. Nous suivons les méandres de son cerveau (autre zone de turbulences) dans un parcours où les fluides, les déplacements du corps, du vent, la fuite du temps agissent de concert pour un art de la fugue impermanent. Se plaçant sous le règne de la physique et de la phusis (nature) notre critique d’art convoque avec brio Aristote, Héraclite, Nietzsche ou Leonard de Vinci. Dès le seuil avec les tourbillons colorés de Miguel Chevalier, un des pionniers de l’art virtuel ou numérique nous agissons sur un monde en transformation perpétuelle. Avec la galaxie-spirale d’Elias Crespin le silence s’installe devant la magie du phénomène de ces subtiles structures élégantes et articulées dans un grand ballet de formes. Une chorégraphie fragile et hypnotique. Avec Ryoichi Kurokawa nous basculons du côté des champs de force et des perceptions synesthésiques à partir d’une ligne d’horizon tantôt saturée, tantôt dissoute, tantôt unifiée. Une surimpression vertigineuse. Les « tondo » graphiques et mandalas muraux de Loris Cecchini favorisent l’altération de nos perceptions à partir d’étranges protubérances ou d’ondes de turbulences comme dans un espace hanté des fantômes des objets. Puis je retrouve avec plaisir Jorinde Voigt que j’avais découverte à l’occasion du prix Guerlain du dessin contemporain qu’elle a remporté cette année. Partant de la musique (c’est une excellente interprète) d’éléments vectoriels ou des vibrations de deux baisers, ses systèmes numériques codés sont autant de réseaux interconnectés d’un ensemble opératoire riche de toutes les métamorphoses. Avec Petroc Sesti nous sommes au coeur de la turbulence avec une forme aléatoire et extrèmement structurée, sorte de toupie d’air et d’eau qui cristallise tous les regards. Emerveillement et vertige des sens devant de volume de verre qui contient la machinerie fluide et reflète tout ce qui l’entoure. L’oeuvre suivante d’Attila Csörgo penche plutôt vers un art du bricolage teinté de poésie à partir d’éléments artisanaux et rudimentaires la plupart du temps. De simples petites turbines à même le sol qui actionnent les propriétés aérodynamiques de divers sphères géométriques solides pour une philosophie spéculative des objets du quotidien. Mutations du réel à l’oeuvre chez Pascal Haudressy dont les origines Ouzbèkes le conduisent toujours à un art ornemental mouvant. Avec l’installation « Choice » magnifique branche d’arbre traversée par le vent en résonance avec l’architecture du lieu il interagit sur la matière, l’ombre et la lumière. Prodigieuses métamorphoses délicates et sensuelles de Sachiko Kodama qui distille un enchantement secret dans un art du passage hérité de son Japon natal.
Angela Bulloch que l’on ne présente plus n’a de cesse de repousser les limites de la composition dans des possibilités chromatiques infinies. Ses structures digitales pixélisées comme des constellations lisibles multiplient les ruptures avec le quotidien du spectateur. Perception de l’infini aussi avec Zilvinas Kempinas dont le Centre Pompidou vient d’acquérir une oeuvre, et c’est important de terminer sur cette sorte d’anneau de Moebius en puissance, qui fait flotter des bandes magnétiques à partir de ventilateurs industriels. Des lignes-volumes d’arabesques qui agissent comme des ritournelles. Répétitives et aléatoires à la fois, elle finissent par agir et danser comme des machines de liberté. C’est bien à cela que voulait parvenir Leonard de Vinci émerveillé devant la chevelure d’une femme comme nous le rappelle Pierre Sterckx, ces « degrés de liberté » ou « micro-tourbillons » comme les appellent les scientifiques. Une démonstration à vivre sans plus attendre…

Nous savions que tout ceci serait remplacé par l’actuelle Fondation dans le Bois de Boulogne mais le côté intimiste de ces expériences appartient désormais au passé !

Consulter les archives de l’Espace Culturel :
http://www.louisvuitton-espaceculturel.com/expositions.html

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