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Née en 1983, Linda Sanchez vit et travaille à Marseille. Après son diplôme Supérieur de Recherche en Art de l’Ecole Supérieure d’Art de l’Agglomération d’Annecy, Linda Sanchez participe à de nombreuses résidences, ateliers et collaborations dans la région Rhône-Alpes et Provence Alpes Côtes d’Azur puis devient lauréate du Prix de la Fondation Bullukian, Lyon en 2013. Sa participation au 62ème Salon de Montrouge et sa sélection à la 4ème Bourse Révélations Emerige dont elle sort lauréate, lui permettent d’envisager sereinement une nouvelle étape de son parcours. Elle a répondu à nos questions alors qu’elle apprend tout juste son succès pour le Prix Découverte des Amis du Palais de Tokyo.

Mowwgli : L’aventure Emerige : bilan et perspectives

Linda Sanchez : Pour cette exposition, j’ai construit une nouvelle pièce qui est en train de devenir une nouvelle ligne de travail, « L’autre », commencée il y a  6 mois. Je suis reconnaissante des conseils et de l’orientation mais aussi de la lecture  que Gael Charbau a eu sur ce travail. Ca m’a aidé à la mettre en oeuvre, à l’installer dans l’espace, à la rendre lisible.  Nous avons tous été très bien accompagnés, et cela on le doit aux fabuleuses équipes qui régissent cet évènement, du montage à l’organisation, de la médiation à la médiatisation. J’ai rarement rencontré des personnes aussi impliquées. Ensuite les trois semaines d’exposition ont été très suivies professionnellement, et c’était, pour nous tous, un privilège de rencontrer toutes ces personnes de référence.

J’ai également montré la vidéo « 11752 mètres et des poussières…« , un film de 71 minutes, qui compte beaucoup à cause de ce rapport vidéo-sculpture présent dans mon travail. Enfin, j’ai aussi accroché le schéma K, dernier dessin de la série 14628.jpg, une suite d’opérations géométriques qui part à la dérive et finit par ne décrire que sa propre trame de construction. La triangulation entre « l’autre » (espace chaotique et en même temps une partition), le dessin (dérive bifurcatoire) et la goutte d’eau (la chute infinie) m’ont permis de construire une articulation cohérente.

Je partageais la salle avec Fabien Léaustic, un rapprochement choisi par le commissaire , probablement pour les rapports de phénoménologie, de forces en mouvement, même s’il s’inscrit davantage dans un rapport au vivant.

Cette exposition est pour moi, un pont, un moment charnière car j’ai pu éprouver et montrer une nouvelle oeuvre; ca avait sa part de risque mais ça a marché finalement.

Mowwgli : Quelle serait la définition de votre pratique ?

L. S. : C’est toujours, ou souvent, des gestes de capture, de prise d’empreinte, d’enregistrement ou de saisie..pour ca j’invente des techniques particulières liées à ce qui est pris , la propriété d’un matériau , la caractéristique d’un medium, aux conditions d’un mouvement… Les formes et les technicités sont toujours intrinsèquement liées.  Je travaille toujours à partir de ce qui existe déjà, le comportement d’une goutte d’eau , la géométrie d’un grillage, la souplesse d’un liant, la liquidité du sable, la trajectoire d’une chute… Des phénomènes physiques, des mouvements, qui sont transcrits (« 30 cm » ou « chronographie de robe de goutte ») ou réactivés dans les espaces d’expo (« la détente2 »), et auxquels je donne une échelle et une durée, ou un mode d’existence propre (le film de la goutte d’eau).. Je travaille empiriquement et c’est pour ça que notion d’accident, de bifurcation, de dérive opératoire est présente. Beaucoup de  ces oeuvres sont aussi des surfaces, ou invoque des phénomènes interfaciaux.

Dans le « Tissu de sable » , la colle reste souple en séchant. Elle solidarise les grains de sable sur une fine épaisseur, ca produit une peau, préhemptible. Le lacet, présenté au salon de montrouge, est moulage d’une faille ouverte dans un monumental cube argileux, fendue à l’aide d’une corde. 30 cm est le mouvement de ce qui se passe dans 30 cm d’un tronc d’arbre. La détente2, (surface verticale sur laquelle une épaisseur d’argile sèche, craque et chute)  transpose et caractérise  la topographie du sol de l’espace où la pièce est présentée…

Mowwgli : Quelles rencontres ont été décisives dans votre parcours ?

L. S. : A l’école d’art d’Annecy,  plusieurs personnalités ont nourries et accompagné mon parcours. Alain Bublex, quand j’étais en section design d’espace, et qui est resté un bel interlocuteur de travail. puis Thierry Mouillé coordinateur du  laboratoire des intuitions , entre autres. Sous la direction de Jean-Louis Connan à l’époque, il y a eu à l’ESAAA de très bon cycles autour de l’expérimentation art, avec beaucoup de publications, de colloques, de rendez vous..Avec ce labo, et le cycle de diplôme doctorant que j’ai suivi ensuite, j’ai pu rencontrer Tim Ingold l’auteur d’une brève histoire des lignes, qui lors d’une conférence à l’ecole des bx arts de Paris a apporté un propos sur mon travail, un texte dont je lui suis infiniment reconnaissante.

Je citerai aussi Nicolas Tixier architecte, chercheur au CRESSON et directeur de la Cinémathèque de Grenoble, avec qui nous fait une conférence en duo durant un des colloque LDI.

En 2007,  avec les « Galeries Nomades de l’IAC de Villeurbanne », j’ai rencontré  Nathalie Ergino (directrice), qui m’a soutenu depuis, et avec qui je continue à travailler avec notamment le Laboratoire Espace Cerveau,

A Lyon, j’ai travaillé aussi avec le MAC (rendez vous 2007), la BF15, l’ADERA, qui soutiennent et tutellent des projets post école en rhône alpes. en 2012, Ils m’ont permis de publier le livre « 14628.jpg »

en collaboration Philippe Vasset (l’écrivain) et Coline Sunier (graphiste) …

Mowwgli : Quels sont vos prochains projets ?

L. S. : Après l’exposition collective « Les faits du hasard » dans le cadre de Némo, la Biennale des arts numériques 2017 au Centquatre. A partir de janvier, j’entame une résidence au 3bis f à Aix en Provence sous l’invitation de Diane Pigeau (directrice arts visuel).   4 mois partagé avec l’artiste écossaise Sarah Forest et une exposition en mai en résonance avec le Printemps de l’art Contemporain .

En 2018, je participe aussi à une exposition à Bordeaux, comissariée par Renato Casciani.

Il y aura aussi l’exposition de septembre à la Galerie Papillon (comme prévu dans le cadre de la Bourse Emerige ) qui va arriver très vite. Egalement très stimulante.

Mowwgli : Comment jugez-vous la scène marseillaise ?

L. S. : Marseille semble une petite scène, pourtant pleines de ressorts, à l’échelle de la ville. Il a beaucoup de petits lieux, très inscrits sur le territoire comme La compagnie, Vidéochroniques, Territoires partagés, Rond Point Project .. et encore Hors les murs et Marseille Expos ..C’est aussi une ville où il y a beaucoup de de résidences et d’ateliers d’artistes (ateliers ville de marseille et Chateau de Servières, Astérides, Triangle, Sextant et plus..)

Après il y a la Friche la belle de mai qui est un très gros pôle artistique. En amont de MP18 et plus loin, Manifesta 2020, d’autres entités sont entrain d’émerger, la Galerie double V, la rue chevalier roze avec des galeries comme Creve coeur , Atlantis, sessions sessions, Catherine Bastide…

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