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Galeristes, un modèle à taille humaine et de vrais passeurs à défendre 2/2

Temps de lecture : 3 minutes et 17 secondes

Deuxième partie de l’entretien avec Stéphane Corréard, qui nous reçoit à son nouveau bureau de la maison de vente PIASA dont il vient de prendre la direction du Département Art moderne et contemporain. L’occasion de nous dévoiler les lignes de force de la foire GALERISTES dont il est l’initiateur. Conversation sans faux semblant et à bâtons rompus avec ce passionné et défricheur infatigable.

 

Pourquoi s’entourer de la caution de Michel Poitevin ?

SC: J’ai toujours trouvé que ce sont les collectionneurs, les usagers des galeries qui sont les plus aptes à les juger et à témoigner de leurs qualités et en même temps il y a une telle confusion actuelle sur le rôle du collectionneur, que ce qui m’a intéressé chez Michel Poitevin c’est l’engagement qu’il a toujours mis en avant à travers sa pratique (dont notamment son exposition en 2015 au musée de Poitiers intitulée Engagements). Et d’ailleurs le comité de sélection retenu avec Michel est constitué uniquement de collectionneurs qui ont choisi de porter publiquement leur engagement soit en créant une associations, une fondation, des programmes de résidence.. Avec une diversité de génération et d’approches.

Il y a 3 instances de gouvernance : un comité de sélection, un comité stratégique et un comité de rapporteurs. N’est-ce pas un peu beaucoup de strates ?

Stéphane Corréard : Non car mon idée étant toujours de rassembler autour d’un projet, d’une idée, je me suis rendu compte qu’il fallait maintenir un équilibre entre un point de vue industriel et plus artisanal, avec à côté d’un comité de sélection la présence de décideurs comme Jean Paul Cluzel, spécialiste des industries culturelles (ancien président RMN Grand Palais, actuel président du comité d’administration de l’Ifcic), Pierre-Alexis Dumas (Directeur artistique général d’Hermès International et président des Arts décoratifs) ou Antoine Frérot (Président Directeur Général de Véolia Environnement) qui bien que « puissants » ne fréquentent pas uniquement les « grosses » galeries, mais recherchent de vrais passeurs qui leur parlent aussi philosophie, littérature, musique. Si les collectionneurs vont parfois toutes les semaines dans la même galerie, c’est qu’ils y trouvent un interlocuteur capable de leur parler avec passion et science de leurs artistes mais aussi de la vie intellectuelle du moment.

Cette période en d’année, certes creuse, en terme de calendrier, est-elle favorable sur le plan économique ?

SC: Toutes les dates testées auprès des galeries suscitent les mêmes réactions : 1/3 d’enthousiastes, 1/3 de farouches opposés et 1/3 d’indifférents. Je pense qu’il n’y a pas de bonne ou mauvaise période. Notre objectif est avant tout de s’inscrire non pas à court terme mais à moyen et long terme. Si les participants gagnent un ou deux collectionneurs du Premier Cercle, globalement leur chiffre d’affaire peut augmenter de 10 ou 15%, ce qui permet d’être plus stable. J’ai bien conscience que l’on arrive à un moment très difficile pour les galeries ce qui n’a pas facilité notre travail de prospection, même si on a réussi contrairement à d’autres projets annoncés, grâce à notre noyau dur qui nous soutient dès le départ. J’ai ouvert une galerie en 1992 au pire moment de la crise, ce qui s’est révélé incroyable pour faire des connexions nouvelles. Avec cette année, beaucoup de gens ont compris, notamment à travers les fermetures et difficultés, que ce modèle à taille humaine, artisanal, proche des artistes, est fragile et peut-être même menacé si on ne se mobilise pas. Je suis persuadé que les collectionneurs qui y sont attachés vont se fédérer autour de Galeristes pour montrer leur respect et attachement. C’est important aujourd’hui d’avoir des lieux où l’on peut honorer des gens pour la qualité de leur travail, indépendamment de critères financiers exclusifs.

En termes de budget quel est le tarif d’un stand ?

SC: Au départ je voulais un stand unique, sur le modèle de Montrouge avec le parcours innovant dit Ikéa de Dominique Perrault avec un ticket d’entrée à 13 5000 euros. On a créé un 2è format pour des galeries émergentes à 7500 euros, ce qui reste raisonnable par rapport à la qualité de la prestation offerte et l’environnement stratégique du Carreau du Temple.

La sélection d’œuvres à moins de 1000 euros se veut elle un teasing spécial Christmas ?

SC: En quelque sorte. Nous avons même imaginé un papier cadeau Galeristes ! Plus largement je crois vraiment qu’il faut démocratiser l’idée de la collection, et retrouver une relation pas uniquement crispée sur l’argent, comme je l’avais fait à Montrouge avec notamment les œuvres à moins de 100 euros. La facilité de paiement étalé sans frais permet de collectionner pour 20 euros par mois !

Comment s’est constituée votre équipe ?

SC: J’ai reconstitué sans le vouloir l’équipe de Montrouge avec Dahlia Sicsic mon ancienne assistante à présent coordinatrice, et Laurent Atlan qui s’occupe des relations extérieures. Nous avons de plus un scénographe et un architecte. Nous montons ensuite en puissance.

Comment imaginez vous les futures éditions ?

SC: La seule difficulté que je risque d’avoir est de pouvoir laisser la place à la nouveauté tout en restant fidèle aux premiers adhérents du projet. L’autre difficulté sera de renouveler le regard sur les galeristes, de réécrire leur autoportrait de manière différente.

(Cliquez ici pour lire la première partie de l’interview)

INFORMATIONS PRATIQUES
Galeristes – Le Salon des Collectionneurs et Galeristes engagés
Du 8 au 11 décembre 2016
Carreau du Temple
4 Rue Eugène Spuller
75003 Paris
http://galeristes.fr