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L’exposition 24 TheWorkshop se déroule actuellement à Paris jusqu’au 27 janvier, elle rassemble une sélection de 9 photographes stagiaires ayant participé aux masterclass guidés par un groupe d’experts composés de personnalités du monde de la photographie sous la direction de Michel Philippot et de Sonia Seraidarian. Pascal Therme a souhaité partager avec nous ses trois photographes coups de cœur. Voici le troisième et dernier.

CE QUE JE VOIS film de Nina Moore

Chère Nina.

Je viens de visionner CE QUE JE VOIS fait d’écumes et de notes, de moments traversants, d’interrogations giratoires, d’élans et de cris, d’éblouissements, de révoltes et d’ amour, d’interrogations mystiques, de rêves éveillés, d’intimités.

Sa forme est une succession d’instants, de réflexions, de photos, de billets, de mouvements, de regards jetés, alors que sourd en profondeur une thématique initiatique, évocatrice de symboles et de mythes, et d’interjections;  aussi entend-on ta voix, voit-on ton corps nu, aperçoit-on ceux de tes amis dans une joyeuse provocation. C’est un portrait de ta sensibilité aiguisée, aigüe, pointue, piquante et interrogative dans l’acceptation et le jet des événements qui s’enchainent au fil des jours.

Cette sensibilité évoque à la dérobée une filiation tremblée, au Romantisme et Surréalisme dans certains thèmes évoqués, l’ombre (Giacometti Dali, De Chirico), le corbeau,(Poe- Baudelaire), l’aigle (Cocteau), les portes de la perception (Huxley, Jim Morisson), le ciel, la lumière, le temps, le corps, l’Éros et la mort (Bataille, Man Ray, Miller) etc…

Ce film se fait rapsodie, c’est à dire étymologiquement, couture de cette fantaisie improvisée en chant qui navigue aux creux des jours et des nuits, au pli du temps, dans l’affirmation d’une question ouverte et multiple: qui suis-je?

Ne t’inquiète pas trop, ces débordements sont le signe d’un courage. Ce travail te permet de t’unifier face à une question que beaucoup refoulent au plus profond, fondatrice de leurs voyages, de leurs pérégrinations, toujours ouverte aux échanges entre soi et le monde, pour un dialogue critique permanent entre soi et l’autre…,… éléments de sens repris par la nudité affichée, revendiquée, un brin d’auto-érotisme, afin de sentir ce corps, véhicule majeur de l’ici bas, et si déroutant.  Quel est il ce corps, finalement et de quoi est il capable, ces fusions, confusions solennelles (comme une messe), de qui répondent elles, qu’organisent elles en soi, comment les vivre, les entendre, les accomplir? Où se trouve ton unité?

La revendication de l’unité trouve son sens dans celle de la nudité:  Se mettre à poil, revendiquer cette nudité comme preuve de liberté, comme libération, revenir à l’avant socialisation, contestation du système (les sixties, seventies et comment la Beat Generation s’en fit l’écho, héritages toujours probants), re-chercher une vraie identité: à partir du Nu, s’élabore le Un, à travers le miroir et à la vision spéculaire, d’ailleurs n’est ce pas le noème de ton film(?), faire entendre autre chose que ce que l’on dit pour tenter d’approcher le secret, le mystère des évènements, de leurs liens secrets.  Alice traverse le miroir…

Il y a dans toutes ces images qui font le film, le combat entre Éros et Ant-Éos (ce qui attire, ce qui repousse) une pulsation du temps qui accomplit et défait en même temps, dans un mouvement que ta jeunesse conteste et tente de travailler afin qu’une conscience évite la dispersion, l’éclatement de ce moi cherchant dans les replis de la vie, du sexe drugs & rock’roll, une dépense, un brûlot, plus qu’une compréhension unitaire, et des réponses ouvertes sur le sens de tout cela: toi, la vie, l’amour, la société, l’oeuvre, le travail. Mais il faut bruler pour être, a minima…

En toi un dormeur éveillé, une aventure te proposent le rêve éveillé comme ces ballades libres qui firent le Surréalisme. c’est la naissance d’un Je suis, une affirmation impétueuse et magique. En cela, tu t’accordes à l’immense communauté de l’ ÊTRE. mais, Attention !, la route est tout, sauf facile, de quoi forger cette volonté que tu revendiques. Il faut conquérir sa liberté, apprendre de soi pour rester libre, ne pas agir dans le pouvoir mais le don, tout un travail parallèle en somme et dialectique avec l’oeuvre en chemin… C’est un pari, un choix, une liberté: ta vie, la vie….

« Ce que je vois » est un film très attachant, trublion, agent provocateur, portrait en creux de ta génération, la première pierre d’un bel édifice, un peu baroque. il ouvre sur le monde.

« Fais et tu sauras » dit le Buddha…

Retrouvez le premier article publié vendredi 20 janvier sur le travail de Marie Moroni en cliquant ici et le second sur le travail de Laetitia d’Aboville en cliquant ici.

EXPOSITION
24 TheWorkshop
Photographes exposés : Laetitia D’Aboville, Vanessa Gilles, Bernard Magneville, Mantovani, Sandra Mehl, Lucie Moraillon, Nina Morel, Marie Moroni et Lynn Sk
Du 5 au 27 janvier 2017
Central Dupon Images
74, rue Joseph de Maistre
75018 Paris
Du lundi au vendredi de 10h à 19h
http://www.24theworkshop.com

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