Temps de lecture : 4 minutes et 43 secondes

C’est un livre magnifique et enchanté, tout public, porté par l’euphorie de la création, rayonnant dans ses approches multiples et empreint de la diversité du monde, une forme de l’Utopie (un lieu imaginaire fait d’harmonies) et de nature cosmopolite liée à une approche universaliste. (retour à Eden).

Son terrain d’action s’étend du Japon, à la Nouvelle Calédonie, du Rwanda à l’Irlande, du Népal à la Floride, de la Bolivie à l’Europe. On le voit, pas un continent n’est oublié, ni leurs habitants aux cultures et traditions différentes, un voyage vertical et circulaire  « sur toutes face du monde », un voyage universel. Ce livre a l’avantage de livrer certains secrets et de « renseigner » les contextes. Si vous êtes déjà l’heureux collectionneur de l’une des oeuvres de Nicolas, cet ouvrage est une petite cerise à l’eau de Vie…

« Cabanes imaginaires autour du monde  » et conséquemment ses photographies sont un miracle d’ingéniosité, de création, d’appétences, d’ humour et de joies de vivre.

Répétons le, un génie en Nicolas Henry n’arrête pas de pourchasser, tracasser l homme, pour qu’il parcourt le monde sans cesse, dans une « tendre folie » créatrice et prometteuse. Les images ainsi rapportées forment une inépuisable et mystérieuse épopée, prenant à revers toute l’actualité entendue sur les ondes. A le voir et l’entendre, une autre actualité, bien plus heureuse habite chacun. Ce miroir ainsi tendu pour dire autre chose du réel,  se révèle un sérieux cordial, un antidote aux dépressions chroniques de nos sociétés, un remède à l’esprit angoissé de ces temps ci. Réjouissons nous, le monde est encore… »visitable », habité par nos semblables; une tribu se dessine et se réjouit.

Par ses Neuf chapitres, « Cabanes imaginaires autour du monde » est  traversé par l’esprit d’un théâtre vivant (r)-assemblant  l’imaginaire des lieux enchantés et des périodes de la vie, partant de « l’enfance » jusque « avant et après la mort » tout en traitant des « Utopies », de « la Communauté des Femmes », des « frontières entre les hommes »…. Ici tous les niveaux du discours et de la vie sont expérimentés en grande faim… chaque image est un appel au merveilleux, au rire, à la beauté, aux échanges, à la réflexion, et surtout à l’humour complice, au partage des caractères d’une humanité meilleure et satisfaite. Ainsi peut-on prétendre que Nicolas Henry se joue de nos « blues » urbains et de notre manque de contentement avéré, fonde un optimiste passionnant.

Chaque photographie est le résultat d’une situation, elle intègre un lieu, des « acteurs » et repose sur une mise en scène. C’est un court-métrage ramassé en une seule image, magnifiquement réalisée, débordante de vitalité, d’humour, piquant la curiosité et toujours « souriante ».

Nicolas Henry aime à nourrir le rêve de chacun, à parler à l’oreille de tous, et plus que tout,  dans un rapport étroit aux lieux et aux futurs acteurs de ses « tableaux photographiques » , de les mettre  en scène selon une idée directrice, un concept, une temporalité, un slogan, un rêve, tout cela est déraisonnable et surtout irrationnel, non mesurable, parfois c’est un manque lié à la situation du lieu choisi.

Pour exemple, »Un bus pour aller à l’école » Éthiopie, raconte: les enfants du pays doivent se rendre à l’école à pied et marcher longuement, on élabore une carriole rudimentaire mais poétique, l’image réalisée montre les enfants, étrangement satisfaits, assis dans « un bus » fait de bois au toit de tôles tiré par un âne,  sans qu’on sache  si ce n’est qu’un décor ( récit imaginaire, satisfaction fantasmatique), ou véritablement un charriot qui comblera leurs besoins…  mais en l’occurrence une part a été satisfaite, un manque a été comblé, ce qui fait la joie merveilleuses de l’image réalisée, joie communicative pour le lecteur, le collectionneur, quelque chose de formidable a réussi, a contaminé l’ensemble de la communauté des hommes, ici, bien sur, mais aussi, partout ailleurs, quand les sourires déploient les yeux et que l’âme des enfants est à portée d’image. Victoire, pourrait on écrire, nous avons franchi le miroir , nous avons rejoint le lieu enchanteur de la réparation, de la réconciliation, du retour au bonheur. Le récit, la narration s’est emparée de tous et a fait fondre les séparations. Opération proprement magique et shamanique, le puits s’est ouvert.…le rêve est prégnant.

Quand on feuillette le livre, une chose apparait: c’est souvent au crépuscule que se font les prises de vues, ou à la nuit venue, quand le ciel en arrière plan, donne ces bleus, ces noirs profonds, toile tendue des décors sombres d’arrière plans, théâtre, comme si au fond, tout se jouait par l’esprit des contes, dans une narration où chaque personnage tient son rôle et s’accorde à l’histoire qui se conte, se raconte, à la lampe…à travers la nuit.

Ce qui est également profondément incroyable au vu du nombre d’éléments qui entrent dans la composition de chaque image, c’est que tout y est équilibre et que tout y est juste.  – contes modernes évidemment, mais contes aussi du point de vue de ce qui s’y raconte, s’y assemble, y est dit et tu, au delà des fables, formant le fond commun de ces voyages multiples et ascensionnels, sensationnels, vaste liturgie dédiée aux fondements même du rêve et du songe, dans l’esprit shakespearien du théâtre, mais, plus encore au delà de toute tentative de description rationnelle. Jeux d’être et  de miroirs. jeux de bruits et de silences, l’image vogue vers un jour bleu au soleil rouge, par l’exacte correspondance qu’elle induit.

Tout est occasion, pour Nicolas Henry, de faire feu, de monter la scène, d’ouvrir le rideau et de jouer la partition de la vie, chacun en son rôle, chaque chose à sa place, mais tout cela est diablement traversant, énergétique, fascinant, au bon sens du terme, parce qu’au final, dans ces réparantes mises en photographies, se joue notre propre aptitude à passer à travers nos erreurs et nous réconcilier avec nous même, alors que s’égraine le livre. Expérience miraculeuses du lecteur, et non plus seulement du regardant, cette photographie est passage, elle irradie l’énergie positive de l’accompli. Couronnes du temps.

Les titres des photographies sont des petits soleils « des couronnes pour mettre au roi dessus leur tête » (Ariane Mnouchkine-Molière), voyez: « Le songe d’un rêve qui s’accomplit » , « La part de l’ange »,  »La lettre d’amour », , « Yukari et les sakuras  », » L’horloge du temps dans les cendres du feu sacré », « La famille du vieux Ratelo et son petit Safidi », « La salle de balle de la légion », »Le travestissement des papiers », « Moussa et les livres de la loi », « Le pélerinage de la Trinité », autant de poèmes évoqués par la langue, de micro-fictions, de témoignages visuellement accomplis et couchés par la lumière sur le papier sensible .tout ceci est encore couronnement, rires, sourires d’une nuit d’été.…

« Cabanes imaginaires autour du monde » rapporté au sens du mot cabane utilisé avant le18 eme siècle : »lieu ou l’on se réunit pour jouer »  s’affirme par l injonction: jouons…au jeu de l’arlequin rêveur, au costume composé d’une myriade de petits losanges polychromes.

Ainsi un filiation s’établit elle directement entre de belles mises en scène joyeuses dans cet imaginaire et le monde comme terrain de jeu , de jouissances, d’apprentissages et de partages. On ne peut être que fasciné par ce tour du monde en 80 photographies … toutes, filles du langage et de l’absolue nécessité de …jouer avec le réel pour faire jouir le sens, conséquemment tous nos fondements entrent en vibrations positives. Victoires

LIVRE
Cabanes imaginaires autour du monde
photographies de Nicolas Henry
Editions Albin Michel
24,5×32,5 cm
240 pages
ISBN : 9782226321435
49€
http://www.albin-michel.fr
http://www.nicolashenry.com

EXPOSITION
/!\ Dernier jour /!\
Cabanes imaginaires autour du monde
Nicolas Henry
Jusqu’au 25 janvier 2017
Little Big Galerie
45 rue Lepic
75018 Paris
http://littlebiggalerie.com

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