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L’exposition « Coffee for Oppenheim » est inaugurée ce soir à Paris à la Galerie Esther Woerdehoff, elle présente l’univers étrange et décalé de deux artistes Stefan Friedli (1987, Suisse) et Ulrik Martin Larsen (1975, Danemark). L’expo fait partie de la programmation hors les murs du festival Circulation(s) dédié à la jeune photographie européenne.

Coffee for Oppenheim est la seule blague suisso-danoise du  monde. Et pour qu’il y ait blague, il faut une relation, du voisinage, une hache de guerre à enterrer, deux versions d’une langue originelle dont l’usage, quand c’est l’autre, est si pittoresque. Un nous, un eux, et une clôture à piéger, déplacer, dégrader, pour tester l’élasticité de ce qui nous relie et nous sépare à la fois. Une blague, c’est un tir à la corde. Pour faire une blague, il faut une intimité. Il faut respecter la formule de l’humour, trouvée par les chercheurs du Humour Research Lab de Boulder, dans le Colorado: Humour = violation d’une attente ou d’une norme + conséquences bénignes. La blague, c’est le doigt de l’un posé sur le curseur de la réalité de l’autre. Les avions de l’armée suisse qui ne volaient
qu’aux heures de bureau pour restrictions budgétaires, est-ce une blague? La blague, c’est une réalité parallèle, qui admet l’existence de l’autre dans son espace mental.

Les objets photographiques de PUTPUT sont bien des juxtapositions qui entrechoquent les attentes, les normes, sans heurter. Guillaume Tell, Meret Oppenheim, Giacometti, Alfred Neweczerzal et son invention, l’éplucheur Zena Rex, sont volés de derrière la clôture par le voisin facétieux et remixés à la sauce danoise. En rendant hommage aux icônes suisses, en faisant entrer le Danemark en relation avec elles, le duo crée l’intimité conceptuelle et plastique suisso-danoise, et revisitent la rencontre
mallarméenne de la machine à coudre et du parapluie sur la table de dissection. En cultivant les ponts, en nouant des passerelles, ils étirent comme du chewing-gum la notion même d’espoir géopolitique et culturel. Qu’est ce que la Suisse, sinon un patchwork de blagues ? Un pluralisme linguistique qu’enfilent comme une même paire de gants différentes mentalités. Un gigantesque bricolage de régions hétérogènes, pour citer l’ethnologue Bernard Crettaz, qui, elles aussi, se rencontrent et se délimitent sans cesse, dans un vivre ensemble linguistique surréaliste pour qui n’est pas suisse, dans une science politique du compromis qui fait écho à la l’équilibre délicat des rencontres plastiques de PUTPUT. La Suisse, c’est monsieur Jourdain, elle fait du PUTPUT sans le savoir. « Pour moi, la Suisse est une miniature réussie. Et comme tout modèle réduit elle donne une impression de fragilité. Face à une miniature il est également difficile de
déterminer si c’est de l’ordre de l’illusion ou de la vérité. Car elle est à la fois irréelle et plus vraie que nature. (…) D’ailleurs le paysage suisse en est une excellente illustration.
Qu’il s’agisse du paysage urbain campagnard ou montagnard, tout est parfait. C’est tellement «léché» c’est, tellement bricolé, qu’on ne sait jamais s’il y a une solidité réelle ou alors la fragilité d’une carte postale. » (Bernard Crettaz pour Le Courrier, 08-01-2000)

Ou c’est peut-être PUTPUT qui fait du suisse sans le savoir. La Suisse est peut-être en train de conquérir le monde, l’éplucheur à la main. Peut-être même que les tractations pour annexer le Danemark sont en cours. Peut-être même que ces deux pays font partie d’un même continent, d’une même communauté de relations diplomatiques, d’échanges politique, qui sait ? Serait-ce si fou que ça ?

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