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Il faut connaître son latin pour découvrir l’approche de deux artistes vidéastes exposés par le Jeu de Paume, le pionnier en la matière Peter Campus (né en 1937 à New York) et l’un de ses héritiers, Ali Cherri (né en 1976 à Beyrouth).


« Video Ergo Sum » ou je pense pour que la vidéo existe, revisite pour la première fois en France les œuvres emblématiques de Peter Campus, des années 1970 aux plus récentes en numérique (commande spéciale pour l’occasion) dans un parcours qui replace le visiteur au cœur de l’expérience. Adepte du concept en circuit fermé, l’ancien assistant de Bill Viola joue sur notre rapport au double, à notre corps dans l’espace et sa conscience. Comme le souligne Anne-Marie Duguet, commissaire de l’évènement, il ne reste rien de ces images, il n’y pas d’avant pas d’après, c’est le regardeur uniquement qui fait la performance ou observe les autres la faire. Il s’agit alors de se risquer soi-même dans cette étrange chorégraphie de reflets et de miroirs réfléchissants. Sortir de sa zone de confort et de ses réflexes de perception. Ainsi avec « Interface » il est question d’un impossible recouvrement entre 2 images malgré toute tentative, tandis qu’avec « Anamnesis » il s’agit au contraire de ne plus bouger pour laisser advenir une 2ème « image fantomatique de soi ». Présent et passé, vision/dédoublement, intérieur/extérieur, cette mise en tension du corps constamment malmené interroge la notion même d’autoportrait. A l’ère des selfies et de l’auto promotion constante ce cul de sac qui nourrit la frustration a quelque chose de très ironique.

Dans la 2è partie du parcours, des années 1980 à aujourd’hui, Peter Campus met l’accent sur la photographie avant de revenir à la video numérique cette fois. Ces agrandissements de pierres hors de leur contexte comme suspendues instillent le doute sur leur origine et interprétation, un crâne ? un cœur ?

Enfin la dernière salle est dédiée à la vidéo commandée par le Jeu de Paume « convergence d’images vers le port », tournée à Pornic en 2016, une approche plus picturale autour d’une fusion possible avec le paysage, la lumière, la marée basse, les filets. Après le travail d’abstraction autour du pixel (a Wave, 2009) ces vidéographies de haute résolution invitent à l’émotion et la contemplation.

« Somniculus » ou sommeil léger d’Ali Cherri proposée au Jeu de Paume et au CAPC de Bordeaux (Programmation Satellite 10, l’économie du vivant) a été tournée dans les collections du musée de la Chasse et de la Nature, du musée du Louvre, du musée du Quai Branly-Jacques Chirac et du Muséum national d’histoire naturelle. Quatre réceptacles archéologiques et ethnographiques choisis par l’artiste comme symboles de la construction d’un discours politique et idéologique. La posture de l’artiste dans cet état de somnolence va à l’encontre de la vision de l’homme, être supérieur doté de pouvoirs magnifiés par l’art. Une manière d’être au monde, ultime forme de résistance, cet homme endormi dans une galerie déserte interroge notre faculté de voir ou ne pas voir ce qui régit un musée. La perte, la violence et la mort de ces vestiges font partie intégrante de la vocation muséographique. Jusqu’où notre regard reste t-il autonome face à de telles emprises ?

EXPOSITIONS
• Peter Campus : Video Ergo Sum
Ali Cherri : Somniculus
Jusqu’au 28 mai 2017
Jeu de Paume
1, place de la Concorde
75008 Paris
http://www.jeudepaume.org
• Ali Cherri : Somniculus
Jusqu’au 30 avril 2017
CAPC
7 Rue Ferrere
33000 Bordeaux
http://www.capc-bordeaux.fr

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