5 min. de temps de lecture.

Artiste féministe engagée, Arvida Byström suédoise de 26 ans s’est fait connaitre sur Instagram par son esthétique body positive pour que les femmes acceptent leur corps comme il est. Elle continue à faire polémique ces derniers mois en publiant un livre de ses photos censurées et en posant pour Adidas les jambes non épilées. Les poils, la liberté sexuelle, les règles, le sang, les boutons, la sensualité, Arvida casse les codes de la féminité imposés par la société dans une esthétique teintée de rose. Young Photography now revient sur son parcours et publie le Portfolio d’un mix de ses créations désormais incontournables sur la toile!

Arvida Byström Instagram

Le 26 septembre dernier, elle posait ainsi dans une campagne de pub pour Adidas, dans une robe à corset, les chaussures de la marque à ses pieds. Face à la caméra, elle explique: « je pense que n’importe qui peut être féminin, mais que dans la société d’aujourd’hui, on en a peur ».

Publicité Adidas qui a fait scandale sur Internet et lui a valut des réactions de soutiens, très nombreux et aussi de haine très agressifs et vulgaires. Et de nombreux articles dans la presse.

« Ma photo de la campagne Adidas Superstar a reçu beaucoup de commentaires agressifs la semaine dernière. Je suis blanche, sans handicap, cis (non transgenre NDLR), avec comme seul détail non conforme quelques poils sur mes jambes. J’ai littéralement reçu des menaces de mort dans ma boîte de messages personnels.

Je ne peux même pas imaginer ce que c’est de ne pas avoir tous ces privilèges et essayer d’exister dans ce monde. J’envoie de l’amour, essayez de vous rappeler que tout le monde ne vit pas les mêmes expériences personnelles. Merci aussi pour tout l’amour, j’en ai reçu beaucoup aussi »

« Je suis définitivement féministe », revendique la photographe dans une interview donnée à Dazed en 2015. « Alors que j’avais 18 ans, une amie m’a introduit aux idées féministes, puis j’ai découvert des blogs sur le féminisme queer« , troisième vague féministe née aux États-Unis dans les années 1980 et mettant l’accent notamment sur les luttes LGBT.

Elle qui se décrit comme une femme queer est adepte de tout ce qui est habituellement considéré comme féminin, et imprègne la grande majorité de ses photos de teintes rose. Mais elle prend aussi un grand plaisir à subvertir toutes les normes dominantes

Sur son compte instagram, désormais suivi par plus de 250.000 personnes, elle poste des selfies, sur lesquels elle assume tous les petits détails de son corps: grains de beauté, boutons, bleus… Et ses poils, bien évidemment, qu’il s’agisse de poils sur ses jambes, sous ses aisselles, ou de poils pubiens.

Son livre – “Pics or it didn’t happen” est une expression de nerd qui signifie “Envoie-moi une photo de ce dont tu te vantes en ligne ou je considère que cela n’a jamais eu lieu”. C’est aussi le titre du livre d’Arvida Byström a publié cette année, il rassemble toutes ses photos censurées par Instagram, donc des inédits et tout ce qui dérange les réseaux sociaux, l’engagement des artistes pour la liberté d’expression.

Arvida Byström prend la maxime au pied de la lettre et considère qu’un – vrai – corps de femme (avec des poils, des cicatrices, parfois des bleus, des bourrelets, la cellulite, dans des poses lascives ou nonchalantes, avec des règles ou même des tétons) n’existe pas tant qu’on ne le montre pas. Exaspérée – comme sa complice Molly Soda, autre créative de l’ère Internet avec qui elle cosigne l’ouvrage – par la disparition de l’une de ses images sur le réseau social, elle lance il y a quelques mois un appel à témoin. Les photographes Petra Collins et Harley Weir, la poète Rupi Kaur ou encore l’artiste Amalia Ulman et des douzaines d’autres répondent à cette sollicitation et envoient les originaux des images retirées de leurs comptes. Leur point commun ?

Elles sont souvent en rapport avec le corps de la femme et sa sexualisation, même si c’est parfois ténu et éloigné des choses interdites par le règlement d’Instagram. On ne comprend pas toujours, Instagram n’explique pas pourquoi ta photo disparaît, parfois six mois après, et tu te demandes ce que tu as bien pu faire de mal, comme cette image d’une fille au téléphone en hijab, raconte Molly Soda dans une interview vidéo. Tu penses que tu contrôles ton image, mais ce sont eux qui la possède, un peu comme dans une relation toxique.

Les réseaux sociaux seraient donc à la fois prescripteurs mais aussi régulateur et censeur qui décident de ce qui est de l’art aujourd’hui ? C’est aussi ce que dénonce Arvida Byström dans ce livre « Pics or it didn’t happen » et sur son compte Instagram qu’elle continue à alimenter de ses créations et de ses actus.

Son parcours

Introvertie, en proie à ses doutes de préadolescente, elle s’adonne aux selfies dès l’âge de 12 ans. « Vous êtes préado, ado, vous voulez savoir comment le monde vous voit vraiment, alors j’ai fait des quantités énormes de selfies », explique-t-elle sur le site Wonderland Magazine. Quatre ans plus tard, ses clichés sont repérés par Vice, qui lui propose une première collaboration.

« Je pense qu’internet est important pour beaucoup de personnes », témoigne-t-elle sur Dazed. « Pour moi, c’était une fenêtre ouverte sur la chambre étroite de la dépression adolescente, parce que je pouvais être en ligne et rencontrer des gens même si je me sentais comme une merde. » Sur tumblr, elle découvre les sous-cultures du web, qui l’aident à se construire son esthétique kitsch et très féminine.

En 2012, elle réalise avec Vice un nouveau projet « There Will Be Blood ». Elle photographie des femmes avec le sang de leurs règles, ce qui lui vaut de nombreux commentaires déjà agressifs. Malgré les contraintes du mannequinat, elle refuse de se raser. Modèle depuis ses 13 ans en Suède, on lui dit que ses hanches sont trop épaisses. Elle continue à Londres, où elle ouvre pendant un temps sa propre galerie. Là-bas, elle rejoint l’anti-agency, une agence de mannequinat pour ceux « trop cool pour être simplement modèles », décidée à rompre avec les codes traditionnels du milieu. Elle s’installe ensuite à Los Angeles.

Elle continue d’interroger la transgression en publiant, au mois de mars 2017, un livre, Pics or it didn’t Happen, avec son amie Molly Soda. Elle y recueille 250 photos censurées par Instagram, parfois parce qu’elle ne respectaient les règles sur la nudité, d’autres fois pour des raisons plus obscures. « Le corps des femmes est constamment policé« , accusait ainsi, Molly Soda, « pourquoi Instagram ferait-il exception ? »

En 2015, Facebook avait déjà censuré une photo tirée de sa performance « Selfie Stick Aerobic« : on distinguait la forme de sa vulve à travers son survêtement.

Pour autant, Arvida Byström ne considère pas que ses créations soient féministes. « Le féminisme est davantage un éventail, il change et dépend de son contexte », argumente-t-elle. Mais c’est déjà assez pour choquer les partisans des normes dominantes de féminité.

Portfolio publié dans YPN, à suivre sans modération !
http://ypnmag.com/arvida-bystrom-portfolio-13/

Leave A Comment

Your email address will not be published.