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Florence Levillain et Laurent Kruszyck : Bains Publics

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Dates
23/03/2017 - 30/04/2017

Horaires
14 h 00 min - 19 h 00 min

Lieu
Sheds
45, rue Gabrielle Josserand
93, Pantin
France


Dans le cadre du Mois de la Photo du Grand Paris.

Les bains publics : deux approches. Florence Levillain photographie les usagers, leur laissant se réapproprier leur image, en bousculant nos certitudes sur l’iconographie de la précarité. Laurent Kruszyk pointe le regard précis de photographe du service Patrimoines et Inventaire à la Région Ile-de-France.

Ils sont SDF, voyageurs, travailleurs, chômeurs, seuls ou en famille. Leur point commun : ils fréquentent les bains douches parisiens. Florence Levillain leur a proposé de photographier leurs rituels devant un miroir sans tain pour ne pas perturber leur intimité. Construits dans les années 1930, en pleine période hygiéniste, les bains douches parisiens connaissent une fréquentation toujours plus forte : plus d’un million de passages chaque année. Ils accueillent essentiellement des précaires : sans domicile, étudiants, retraités, travailleurs pauvres, voyageurs, avec ou sans papier. De longs couloirs jalonnés de portes donnent accès aux douches et organisent la circulation vers une salle commune où Florence Levillain a installé son dispositif.

Positionnée derrière un miroir sans tain, en accord avec ses modèles d’un jour, elle laisse chacun jouer de son image face à l’objectif devenu miroir. L’installation prend le contrepied du reportage social, sans consensus. Elle déstabilise, dérange et déroge aux codes de la photographie humaniste. Les huisseries outremer ou carmin, les murs blanc éclatant, bleu piscine ou jaune citron, plantent le décor. Cadrages, éclairages et formes affirmées heurtent nos certitudes sur l’iconographie de la pauvreté. La photographe fait alors dialoguer leurs visages avec des photos cliniques des lieux.

Les gestes et les moments codifiés face au miroir s’enchaînent : rasage, coiffure, habillage, maquillage… La diversité sociale des usagers est frappante, la précarité s’incarne parfois dans des visages inattendus. Beaucoup d’hommes, de femmes, mais aussi de couples et de familles profitent des douches publiques, gratuites depuis 2000. De l’évidente « absence de sanitaires » découlent des récits vécus ou fantasmés.

Richard, jeune danseur, loge dans les sous-sols de La Défense pour s’exercer sans contrainte. Hayley, jeune fille au pair, vit dans une chambre de bonne sans eau, sur l’Île de la Cité. Xu, récemment licenciée du textile, vient d’emménager dans sa voiture. Charlie, crooner professionnel, vit lui dans un foyer. Steven, roumain supporteur de l’équipe nationale de football, est à Paris pour l’Euro et séjourne dans un hôtel borgne. Les histoires de séparations et d’exils sont nombreuses. Tous se croisent sans se rencontrer, privilégiant la pudeur et la discrétion. Les bains sont propices à cette retenue un temps suspendue par la photographie.

En contrepoint, un travail d’inventaire de Laurent Kruszyk expose les traces architecturales de ces lieux qui tendent à disparaître.

Florence Levillain a reçu la bourse « La France vue d’ici » pour « Bains publics », un projet soutenu par la Région Ile de France.

Texte de Frédérique Founès

WE intense avec conférences et présence des photographes les 8 et 9 avril.